BURU : 1º “tête” dans la langue moderne
; 2º “chef” ; 3º “extrémité,
bout” ” spatio-temporel ; 4º “cime”
BUHARRA “sommet, branches du
sommet de l'arbre”, MAHAIBURU “chef de table” ;
5º “premier” BURUZAGI
“chef, meneur, conducteur de groupe, commandant”, que le synonyme
AINTZINDARI “chef, officier militaire” confirme et correspond
à gr. πρός-αγειν
(prós-agein) “mener à la tête de”, skr.
puro-gavȧ “qui va devant”,
“chef”; 6º “fin, aboutissement”
HELBURU “objectif”, BURUTU “achever”,
de là l'idée de ce qui est avant : but à atteindre,
chef, qui va devant, etc.
Le mot semble correspondre à /AUR-/HUR-/ “avant,
devant” “thématisé”
du suffixe /-U/ qui confère une idée de procès
vu réalisé : BUR-U “qui est devant,
à l'avant”. Syntaxe archaïque probablement, survivant
dans HASMU, PENTSU “imaginer, penser”, SUSMU
“pressentir”, MUSU “baiser”, KASU
“faire attention”, SAKU “entailler”, etc.
La sourde initiale se retrouve dans les formes de skr. puro,
lat. pro, gr. προ,
mycén. porọeke, avest.
fra, osq. pru,
v. irl. ro-, etc.
La labiale
initiale est absente dans les autres formes basques qui nous sont parvenues
: /AUR-/, /AR-/, /HUR-/, /ER-/, /HOR-/
dans AURKI, ARPEGI, HURBIL, ERALDATU, ERKATU,
HOR, HORI... Le grec pourrait offrir une forme correspondante
au riche destin et recouvrant BURU-TU (BUKA-TU)
: Et l’on a πρ σσω
(prā́ssō), att. πρᾱττω
(prāttō), ion. πρήσσω
(prḗssō), πρα̂δδω
(prâddo), futur πραξω
(praxō) dans la poésie épique “aller jusqu’au
bout, traverser” ; dans toute l’histoire du grec ancien, transitif
“achever, accomplir, travailler à, traiter une affaire, pratiquer”,
« d’oú le sens particulier de “faire payer”»
CHANTRAINE, 934. Et AZKUE, I, 190, en écho s/BURUTU
« 5º “pagar, dar cobro, responder : payer,
acquitter, solder”».
Quant au déverbatif
bsq. BURUTZE/BURUTZIA (BN), le grec semble répondre
par le hème
II πρᾱξις
(prāxis) “activité pratique, succès, action”.
Pour l’étymologie de πρ σσω
(prā́ssō), Chtr. 934 : « Les emplois homériques
de πρ σσω
[prā́ssō] garantissent que l’on peut partir de πρᾱ-
[prā-]. Cf. πραθη̃ναι
[prathēnai] et πέρνημι
[pérnēmi] “exporter” et que la famille dépend
de la racine de πείρω
[peírō] “percer”, πέρᾱ
[pérā] “au delà”, etc. La gutturale finale
[πρᾱκτύς
(prāktús) πρᾱξι
(praxis)] doit connoter l’aboutissement du procès ».
Nous avons déjà évoqué les correspondances
possibles : skr. puro-gavá- “chef”,
litt. “qui va devant”, de /puro/
“devant” et /-gavá-/
“aller”
/*gwā-/
“aller”
bsq. GATEN/GATU, labourdin, “aller” ; cf. véd.
vanar-gú- “qui va dans
la forêt” (basq. OIHAN/OIHER “forêt”)
= “singe”. Nous avons encore gr. πρεσβυς
(presbus) “ambassadeur”, “l'aîné, l'ancien”,
à Sparte “président” de πρεσ/πρός
(pres/prós) “devant” + -βυς
(bus) de βαίνω
(bainō) “marcher”, mot que A. MEILLET (LEJEUNE,
Mémoires, 1, 240, n 6) identifiait avec arm. ēreç,
génitif
eriçu “aîné,
prêtre”, cité par Chtr. 937. Ces formes nous reconduisent
vers bsq. AURREKO “antécédent, d'avant, de l'avant”,
/-KO/, désinence de génitif
de provenance, à gr. ἄρχω
(arkhō) “marcher le premier, faire le premier, prendre l'initiative
de, commencer”. Ce mot est laissé sans étymologie par
Chtr. 121, qui pense qu'il faudrait « trouver comme étymologie
un thème
ou une racine se rapportant à la notion de “faire le
premier” ou “marcher le premier” ». Voir
AUR |